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LE
SIONISME en PALESTINE / ISRAËL
fruit amer du
judaïsme
Synthèse sur l'idéologie sioniste : ses fondements théoriques, ses principaux développements pratiques sur le terrain, depuis son apparition à la fin du XIXe siècle jusqu'à nos jours, en passant par la création de l'État d'Israël en 1947, avec parallèlement une mise en évidence, par le racisme engendré, de la perversité de ce que l'on peut considérer comme la troisième grande idéologie du XXe siècle.
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Site personnel de A. Gaillard (déporté politique pendant l’occupation allemande, professeur de médecine en retraite) que vous pouvez contacter à son adresse électronique - en cliquant ici
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Résumé
Fondé à la fin du XIXe siècle par l’écrivain et journaliste hongrois Theodor Herzl après la vague d’hostilités antijuives qui avait notamment déferlé en Russie, en Pologne puis en France avec l’affaire Dreyfus, le mouvement sioniste s’est donné pour objectif d’établir un territoire réservé aux Juifs dans la perspective de leur assurer, compte tenu des persécutions dont ils étaient souvent victimes, une sécurité définitive.
Depuis 1922, date à laquelle la Société des Nations confia à la Grande-Bretagne un Mandat sur la Palestine à l’issue de la première guerre mondiale, depuis 1947 surtout, date à laquelle l'ONU voulut y créer deux États, l'un "juif", l'autre "arabe", cette région est le théâtre d'un état de guerre permanent. Quatre guerres meurtrières se sont déclenchées et ont entraîné le déplacement de centaines de milliers de personnes, tandis que se sont perpétrés chaque jour crimes et exactions multiples.
Or un tel conflit avec son intensité dramatiquement croissante avait été prédit par une partie notable et éminente de la communauté juive qui, dès le début du XXe siècle, dénonçait avec force, comme source de désastres futurs, l'émergence en son sein de l'idéologie sioniste.
Le présent texte se propose, d’une part d’analyser les sources judaïques du sionisme généralement méconnues, d’autre part de réunir les éléments essentiels d'ordre historique qu'il convient d'avoir à l'esprit pour approcher les causes de l’affrontement. Il veut traduire aussi les réactions de l'auteur devant le drame quotidien qui se joue là-bas, drame dont les Nations occidentales n'ont pas encore pris la juste mesure.
Le
texte qui suit est édité par les Éditions BÉNÉVENT
B.P. 4049 –
06301 NICE Cedex 4 – tél : 04 93 26 30
12
L’ouvrage
de 270 pages est disponible en librairie ou en ligne (fnac.com ; alapage.com ; amazon.fr…)

1 - Déficience de l'information et démission banale en Occident
2 - La base de l’idéologie sioniste
3 - La colonisation planifiée de la Palestine pendant la première moitié du XXe siècle
4 - 1947 : La création de l'État d'Israël ; les principaux épisodes
5 - La guerre judéo-palestinienne de 1947-48
6 - Les guerres israélo-arabes de 1967 et 1973 et la guerre du Liban de 1982
7 - Israël et l’ONU
8 - Les organisations terroristes du sionisme
9 - La colonisation inédite et sophistiquée de la Palestine depuis la création de l'État d'Israël
10 - Nationalisme, Apartheid et Racisme anti-"non-Juifs" en Israël
11 - L'apartheid au quotidien en Israël et dans les territoires occupés
12 - Expulsés, déportés et réfugiés de Palestine
13- Sionisme et Anti-sionisme chez les Juifs
14 - Sionisme et hostilité anti-juive chez les Arabes
15 - Où en est Israël ?
16 - Quelle "guerre de libération" ?
17 - L'arsenal sémantique des sionistes
18
- De quelques lois, règlements, arguments, comportements,
pensées... suscitées par
19 - Questions ou interrogations
20 - Des responsabilités multiples
22 - Racisme dans le judaïsme ; racisme dans le sionisme
23 - « Antisémitisme » et « antijudaïsme »
25 - « La lutte contre l’ "antisémitisme"
26
- En guise de conclusion et... en vrac : Réflexions, Sentences,
Humeurs et Prophéties
"faciles"
Adresse aux
Palestiniens de la Palestine historique et de l’exil
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Le XXe siècle qui vient de s’achever a été riche d’enseignement sur les vertus, mais aussi sur les capacités de nuisance, de la race humaine. S’il a vu dans de nombreux pays l’avènement de la démocratie et la promotion des droits civiques, il n’en a pas moins légué aux générations futures les séquelles de tragédies qui s’inscriront longtemps dans les livres d’histoire. Il serait vain de tenter de les énumérer. Deux d’entre elles, par leur ampleur même, s’imposent à la mémoire collective. Souvenons nous qu’un grand peuple européen, pourtant éminent dans de nombreux domaines, s'est laissé séduire par l'idéologie nazie avec les conséquences monstrueuses que l’on connaît. Souvenons nous aussi qu’ailleurs, notamment en France, une partie non négligeable de l'élite intellectuelle a adhéré pendant plusieurs décennies à l'idéologie communiste responsable de dizaines de millions de morts
Comme en témoignent ces erreurs que nombre de gens instruits et sincères ont partagées, le juste interprétation des événements, lorsqu’ils se déroulent sur de nombreuses années et nous sont rapportés quotidiennement, est toujours difficile. De plus, contrairement à une opinion courante mais fausse, l'Histoire est la science d’évènements qui ne se répètent pas. La prochaine guerre ne sera pas semblable à la précédente, les grandes idéologies du passé ne reviendront pas sous la même forme, les hommes sont confrontés à des situations toujours nouvelles dont la nocivité n'émerge souvent dans les consciences que devant des malheurs caractérisés. Des situations imprévues, non imaginées qui surprennent et qui piègent…
Notre époque n'échappe pas à cette règle... Aujourd’hui, on peut affirmer qu’une idéologie dénoncée pendant longtemps par une partie notable et éminente de la communauté juive d’où elle a émergé portait en elle tous les germes d'une future tragédie. L'idéologie sioniste, à la fois doctrine théorique et base d’un système politique redoutable, est largement méconnue. Basée sur le mythe de la Terre promise à un Peuple élu par Yahvé, le dieu de la mythologie hébraïque, elle s'est développée depuis la fin du XIXe siècle et a obtenu en 1947 des Nations Unies un État : Israël. Génératrice d’un état de guerre permanent et d’une colonisation impitoyable à laquelle répond un terrorisme dont l'horreur tend à voiler dans les esprits les vraies origines, cette idéologie, si elle n'est combattue vigoureusement, ne peut pas ne pas aboutir à un désastre à la fois pour le peuple juif qui l'a nourrie en son sein et pour bien d’autres populations. Car, comme le furent en leur temps au nom de la Vérité, les Croisades, l’Inquisition ou les guerres de religions pour le christianisme, comme l'est le fondamentalisme musulman pour l'Islam depuis quelques dizaines d'années, le sionisme - au nom d’une donnée qui n’est plus la Vérité mais la « Race » - est un fruit amer du judaïsme…
Face à la situation chaotique qui a malencontreusement découlé de la décision des Nations Unies, face à un affrontement dont nul ne voit l’issue et dont la fin peut s’avérer dramatique, que peut-on faire et espérer ? Mon but, en tout cas, est de porter un regard sur l'idéologie sioniste au vu de ses manifestations sur le terrain, mais aussi de ses sources judaïques généralement ignorées par les auteurs et commentateurs et sans lesquelles tout discours est profondément déficient. Ceci sans méconnaître ce que le judaïsme a apporté à la civilisation, sans méconnaître non plus que la création de l'État d'Israël, pour avoir été historiquement une erreur, a aussi, en succédant à un génocide caractérisé, obéi à des motifs humanitaires.
De par sa perspective précise et limitée, un tel texte peut apparaître à certains comme systématiquement favorable à ceux, Arabes notamment, qui luttent contre l'entreprise en question. Cette interprétation n'est pas juste. Apporter spontanément sa sympathie à un peuple opprimé, totalement isolé sur la scène internationale et dépourvu de tout soutien, n'est nullement approbation de ses actions, négation de ses faiblesses, méconnaissance des pesanteurs inhérentes à l'Islam qui l'inspire. Il s’agit simplement, pour une œuvre qui n’est point de compassion mais de justice, de comprendre une idéologie qui, par delà ses hérauts, conduit une machine redoutable.
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Compte tenu de la tactique d'intimidation, voire du terrorisme intellectuel qui sévit volontiers dans notre pays avec le fréquent amalgame antisionisme-antisémitisme, compte tenu de l’idéologie d’intouchabilité développée par nombre de responsables juifs, je sais que mes propos - soulignés par des gardiens vigilants, prompts à manier cette injure à la mode - me feront soupçonner de racisme antijuif. Chaque critique de la politique israélienne ou toute opinion non défavorable aux Palestiniens ne sont-elles pas accusées de traduire de l’antisémitisme chez les journalistes, écrivains ou hommes politiques qui se permettent une telle liberté ? Dans l'esprit de certains, le simple emploi du mot « juif » n'est-il pas déjà suspect par lui-même lorsqu'il fait abstraction de l'histoire concentrationnaire récente, voire s'il est seulement prononcé par un non-Juif ? Et, n'y a-t-il pas pour les accusateurs des « Juifs antisémites » ou des « Juifs atteints de la haine de soi » comme l'indiquent victimes de groupes de pression, E. Benbassa, J. C. Attias[1] et M. Rodinson[2] ? D'aucuns vont m'accuser aussi d'antijudaïsme au prétexte que je dénonce des éléments pervers présents dans cette culture. Mais le judaïsme serait-il donc la seule entreprise humaine à ne pas véhiculer de tels éléments ? Depuis un certain nombre d'années, les chrétiens en viennent à reconnaître et à regretter profondément certains écrits et pratiques criminogènes du christianisme[3]. Les Juifs ne seraient-ils pas capables de faire de même avec le judaïsme, la Bible et le Talmud ?
Les pages qui suivent se proposent de réunir les données essentielles d’ordre historique qu’il convient d’avoir à l’esprit. Elles cherchent aussi à analyser les éléments constitutifs de l’idéologie sioniste et à mettre à jour les véritables causes du drame quotidien qui se joue en Palestine. Elles se veulent enfin un réquisitoire face au crime d’indifférence des hommes politiques [4].
Parmi toutes les causes qui méritent d’être soutenues et sur lesquelles les Occidentaux directement responsables peuvent parfaitement agir, la dénonciation de l’idéologie sioniste m'apparaît en effet comme une des premières. Grâce à l'apport des historiens et journalistes courageux, juifs en majorité honnis dans leur communauté, grâce aussi au recul du temps qui permet une perspective valable, cette tâche est aujourd’hui facilitée.
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1 - DÉFICIENCE
DE L'INFORMATION,
MÉCONNAISSANCE D’ORDRE RELIGIEUX
et DÉMISSION BANALE EN OCCIDENT
Depuis 1922, date où la Société des Nations confia à la Grande-Bretagne un mandat sur la Palestine à la suite de la défaite des empires centraux et de l’éviction de la Turquie en tant que puissance dominante, depuis 1947 surtout, date à laquelle l’ONU décida de scinder le pays pour y créer deux États, l’un juif, l’autre arabe, il ne s'est guère passé de jour sans que les journaux ne nous apportent une information relative à cette région du Proche-Orient où s’affrontent de façon ininterrompue et plus ou moins violente deux communautés : les Juifs d’une part, les non-Juifs d’autre part, ces derniers étant avant tout des Arabes musulmans.
Les informations n'ont donc pas manqué sur ce sujet. Pourtant, une fraction notable des Occidentaux, notamment dans l’élite intellectuelle et politique, est comme indifférente au drame quotidien qui se joue en Palestine. Un phénomène banal d’accoutumance et de lassitude en est sûrement une raison notable, mais plusieurs éléments sont venus néanmoins y contribuer de manière décisive.
Le premier élément favorable au développement de l’idéologie sioniste et de sa méconnaissance par le grand nombre est sans doute représenté par un phénomène passif : le trop plein ou l'excès de mémoire dont parle Paul Ricœur dans un récent ouvrage (La Mémoire, l'Histoire, l'Oubli) et qu’il dénonce d’une manière générale... Après le cataclysme de 1939-1945, bien plus encore qu’après la guerre de 1914-1918, les études des historiens ne pouvaient qu’être monumentales, fort nombreuses et prolongées. À ces études sont venues s’ajouter logiquement les multiples commentaires et interprétations des politiques et puis, bien sûr, les interventions diverses des polémistes et des partisans : une « montagne » de mémoire en est résultée que les médias de notre époque, notamment la télévision, nous livrent chaque jour. Indépendamment des perspectives et des intentions diverses qui sous-tendent cette information constante et multiforme, la place forcément éminente qu’occupe le génocide des Juifs par les nazis, et partant l’émotion suscitée, ont manifestement joué de façon exceptionnelle en faveur de l’entreprise sioniste, d'abord en faisant négliger la très importante littérature juive formellement opposée à son projet territorial et en supprimant toute réflexion prospective quant aux risques pour l'avenir d'un État spécifiquement « juif », ensuite en voilant la réalité de son présent sur le terrain.
À côté de ce premier phénomène, on peut affirmer d’autre part que l’information relative au Proche-Orient en provenant majoritairement d'une source, israélienne en la circonstance, a été gravement déformée, que l'interprétation des événements a été terriblement partiale et injuste pendant de nombreuses années. « La mémoire sioniste a régné aux dépens de celle des Palestiniens » a écrit l’historien israélien Ilan Pappe de l’université de Haïfa, tandis que le Général de Gaulle pouvait déclarer dans les années 60 : « qu’il existait en France un puissant lobby pro-israélien exerçant notamment son influence dans les milieux d’information. Cette affirmation, à l’époque, fit scandale. Elle contient pourtant une part de vérité qui est toujours d’actualité » (P. Alexandre "Le préjugé pro-israélien", Le Parisien libéré du 29 février 1988).
Il semble bien, en effet, que la méconnaissance des données du problème représente la principale cause de cette indifférence de l’opinion publique occidentale qui n’a manifestement pas pris la mesure de la gravité potentielle des « événements » qu'on lui rapporte chaque jour depuis tant d’années.
Il est d’ailleurs remarquable de constater que - à côté de la multiplicité des informations rapportées en la matière - les commentaires et les jugements que l'on peut voir dans la presse française émanant de journalistes ou d'hommes de lettres sont fort rares. Il est patent aussi que beaucoup de commentateurs non-Juifs apparaissent souvent comme mal à l'aise dans leur rédaction... Quant aux Juifs, religieux ou non, leur situation souvent ambiguë face à Israël, la mauvaise conscience que nombre d'entre eux ont de ne pas y vivre, de ne pas avoir fait leur «aliya » malgré les multiples et pressantes invitations reçues[5], les rend souvent terriblement aveugles et silencieux. Lévinas, après avoir considéré que la création de l’État d’Israël était bien tardive et salué cet événement d’un : « Enfin arrive l'heure du chef-d'œuvre », expliquait ainsi : « Je m'interdis de parler d'Israël, ne courant pas cette noble aventure et ce risque quotidien » tandis qu'Élie Wiesel a pu écrire : « Je ne critique jamais Israël hors d'Israël, c'est le prix que j'accepte de payer pour ne pas y vivre […] la solidarité ne nous permet pas de juger la politique extérieure d’Israël »… Et, a-t-on jamais entendu, par exemple, un rabbin français ou une organisation d'obédience juive dénoncer la torture utilisée en Israël et, fait unique au monde, légalisée jusqu’à une date récente ?
Enfin, il faut bien voir que le judaïsme comme les autres traditions religieuses, entreprises humaines par excellence, contient des éléments potentiellement pervers qu’il s’agit de reconnaître. Le fameux « Qui n’est pas avec moi est contre moi » évangélique n'est-il pas à la base de tous les totalitarismes après avoir entraîné le christianisme dans de folles aventures ?
Bref, il est clair que nombre d’observateurs, ou bien n'ont pas intégré, à propos du sionisme, de nombreuses données d’ordre historique ou religieux, ou bien ne se sont pas comportés en hommes libres, à l'instar d'hommes éminents comme J. P. Sartre quand il écrit : « Je ne peux pas soutenir la politique de l'État d'Israël, mais je ne peux pas non plus m'élever contre elle car alors je me retrouverais dans le camp détestable des antisémites ».
Je
dois reconnaître que j’éprouve quelque aversion pour de telles paroles, en même
temps qu’incompréhension pour leur auteur : un philosophe écouté qui,
subjugué par le Verbe d’un lobby paranoïaque, n’a pas su prendre parti.
Il reste que Jean d'Ormesson, dans un article du Figaro paru il y a quelques années, se demandait avec pertinence, et non sans courage, si la création de l'État d'Israël n’avait pas été une erreur. À cette interrogation, ma réponse personnelle - qui semblait bien être aussi celle de l’auteur - est « oui » sans hésitation. Une mémoire manipulée jointe à une absence de liberté des hommes politiques et, d'une manière générale, des hommes ayant quelque influence sur l'opinion publique, a manifestement contribué au développement de l'idéologie sioniste qui s'est épanouie avec la création de l'État d'Israël et ne cesse d'étendre chaque jour - face à une communauté internationale sidérée - ses méfaits dans les populations juives et non-juives de la Palestine.
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2 - LA BASE DE L'IDÉOLOGIE SIONISTE
L'idéologie sioniste, avec le mouvement qu’elle a suscité, s'est donné pour mission de rassembler en Palestine tous les Juifs du monde (Juifs dits, par une habile fiction, « de la diaspora »)[6], d'établir un territoire peuplé exclusivement de Juifs, dans la perspective de leur assurer, compte tenu des persécutions dont ils furent souvent victimes, une sécurité définitive. Bien que précédée d'initiatives diverses qui, au cours des siècles, avaient pour but une ré-appropriation de la Palestine, elle ne s'est vraiment structurée qu'à la fin du XIXe siècle avec Theodor Herzl qui considérait, avec bien d’autres Juifs, que l'antisémitisme était « éternel », consubstantiel en quelque sorte au judaïsme. Elle s'est développée pendant la première moitié du XXe siècle malgré l'opposition prolongée de la grande majorité des Juifs et, à la suite de la seconde guerre mondiale, s'est concrétisée avec la création de l'État d'Israël en Palestine.
Le sionisme repose sur deux données fondamentales et conjointes du judaïsme :
- une donnée d'ordre religieux : le mythe biblique de la "Terre promise" à un "Peuple élu" ;
- une donnée d'ordre juridique : la loi établissant la transmission héréditaire de la judéité.
À ces données, il convient d'associer :
- une donnée d'ordre scripturaire : les textes exaltant la
« race » juive.
1 - Le mythe biblique de « la Terre promise » et du « Peuple élu » est le
premier pilier de l'idéologie sioniste
Selon ce mythe, les Hébreux et leur dieu, Yahvé, ont élaboré, voici quelque trois mille ans, un contrat (l'Alliance) selon lequel les Hébreux, moyennant obéissance à ce dieu, constituent son peuple privilégié, le Peuple élu, et reçoivent en héritage une terre particulière, la Terre promise. (Gen. IX, 18)
Associant les deux notions fondamentales pour le judaïsme de « race » et de « Terre promise », la Bible met dans la bouche de Yahvé ces paroles : « J’ai octroyé à ta race ce territoire du torrent de l’Égypte jusqu’au grand fleuve de l’Euphrate » (Gen. XV, 18).
C'est sur les données de ce mythe fondamental du judaïsme qu'est bâtie tout entière l'idéologie sioniste et que s'est fondé pour les Juifs leur « droit historique » sur la Palestine. Même les sionistes non religieux et athées, tels les Pères fondateurs et la majorité des Israéliens actuels, ont exploité et exploitent toujours ce mythe originel de la Terre promise par un dieu qui, pourtant, n'existe pas pour eux. Il ne faut pas être surpris de cet apparent paradoxe car le statut des mythes ne se modifie que très lentement avec le temps. Dans un premier stade, en effet, le mythes sont vus comme des événements authentiques, c’est la phase théologique où leur prégnance est maxima, puis dans un second stade (atteint après un certain nombre de siècles d’évolution, voire de millénaires), ils rentrent dans la phase mythologique proprement dite : c’est la phase que l’on peut qualifier de culturelle où leur influence se réduit mais garde longtemps encore une capacité d’inspiration et de conditionnement plus ou moins importante... Malgré l'émergence dans les esprits de leur caractère légendaire, ils continuent à imprégner durablement la civilisation qui les a portés, à meubler son imaginaire collectif et, partant, à mobiliser des énergies colossales et aveugles. « Lors même qu’il s’éloigne de la religion, écrit Cioran[7], l’homme y demeure assujetti ; s’épuisant à forger des simulacres de dieux, il les adopte ensuite fiévreusement : son besoin de fiction, de mythologie, triomphe de l’évidence et du ridicule ». Car l’on sait, contrairement à ce qui a pu être professé pendant longtemps, que les croyances ne sont pas solubles dans la connaissance. Ainsi que l’écrit Régis Debray[8] : « La vérité est l’ennemie de l’erreur, soit, mais elle ne peut rien contre l’illusion ». André Chouraqui[9], traducteur de la Bible, du Nouveau Testament et du Coran, ne nous dit-il pas, quant à lui, que « La vraie mission d’Israël est de réaliser l’Alliance » entre les juifs, les chrétiens et les musulmans ?
À noter que le
mythe de l’Alliance conclue entre un dieu et un peuple - comme les autres
mythes hébreux (la Création, le Paradis terrestre, le Péché originel, l’Espoir
messianique...) - a été adopté aussi par les chrétiens dont la doctrine
conforte l'idéologie sioniste. Conformément à la doctrine catholique - « Le
salut vient des Juifs » proclame l’Évangile de saint Jean (Jn IV, 22)
- J. M. Lustiger[10], archevêque
de Paris, peut écrire : « Les juifs ne sont ce qu’ils sont que dans la
mesure où ils sont d’abord les témoins de l’Élection ». Quant aux
chrétiens millénaristes des États-Unis, Mormons, Évangélistes, Baptistes,
Pentecôtistes…, estimés entre 40 et 80 millions de personnes, ils voient
toujours la naissance de l'État d'Israël et son expansion territoriale comme
une étape nécessaire aux projets de Dieu pour l'humanité. Les prophéties
bibliques ne peuvent s’accomplir que si le peuple juif possède toute la terre
promise. 60% d’entre eux, conformément à l’annonce faite dans le livre de
l’Apocalypse, affirment que le monde
prendra fin lors de la bataille d’Armagedon opposant Jésus et Satan avec, cette fois-ci, la conversion des
Juifs au christianisme et le retour de Jésus le Messie dans sa parousie[11].On
peut noter aussi que plusieurs peuples du Proche-Orient[12]
ont reçu de leur dieu des promesses semblables à celles des Hébreux. En Égypte,
sur la stèle de Karnak, dressée par Toutmosis III (au XVe avant
notre ère) pour célébrer ses victoires, le dieu déclare : « je
t’assigne, par décret, la terre de long en large ». Dans le Poème
babylonien de la création (du XIe siècle avant notre ère) il est
dit aussi que le dieu Mardouk « fixe à chacun son lot » et qu’il ordonne pour sceller son Alliance avec
le peuple « de construire Babylone et son temple ». Quant aux
Hittites, ils célèbrent et chantent Arinna, la déesse solaire qui : «
veille sur la sécurité des cieux et de la terre… et établit les frontières du
pays ».
À propos du
mythe fondateur chez les Hébreux, mythe qui nous intéresse particulièrement
ici, il est intéressant d'évoquer ici la thèse de Messod et Roger Sabbah[13].
Selon ces chercheurs juifs le peuple hébreu ne serait autre que le peuple
égyptien d'Akhet-Aton, la capitale du pharaon monothéiste Akhenaton ! En fait,
cette thèse semble elle-même dépassée : il est maintenant parfaitement
établi que la Bible a été écrite en grande partie au VIIe siècle av
JC après la destruction du royaume d’Israël
par les Assyriens et que le texte qui a fondé le peuple juif, à côté de données
historiques certaines et fort importantes, est très largement légendaire. Il
n’y a plus de débat scientifique sur cette question. Comme l’écrit Pierre
Stambul en rappelant les travaux de Finkelstein et de Silberman (La Bible
dévoilée) : « L’histoire des premiers juifs est
"merveilleuse" mais c’est une légende qui a été fétichisée par toutes
les religions monothéistes ».
Quand on a mesuré les gigantesques conséquences que la croyance au mythe de la Terre promise a entraînées dans l'Histoire, notamment depuis un siècle avec le mouvement sioniste et si, par ailleurs, on suit l'hypothèse de divers historiens contemporains selon lesquels les Juifs du Maghreb sont des Berbères judaïsés à l'époque romaine tandis que les musulmans de la Palestine arabe sont des Juifs convertis à l'islam dans les premiers temps de la conquête, comment ne pas évoquer les abysses où peuvent conduire les illusions humaines !
Car, ainsi que
l’écrit Eli Barnavi[14] :
« On a beau vouloir évacuer Dieu de l’histoire juive, le retour à Sion
reste, quoi qu’on en ait, une idée religieuse ».
2 - La loi rabbinique de transmission
héréditaire de la judéité
Alors que les
adeptes de la plupart des religions n'ont que le lien d'une croyance et de
pratiques communes et que chacun peut prétendre à une telle adoption, le
judaïsme établit un lien particulier d'ordre héréditaire. Fait rare dans
l'Histoire de l'humanité, la naissance est le vrai critère d'appartenance : la
loi établit, en effet, que le caractère de juif
est transmis par le sang maternel[15].
Ainsi que le précise M. Wieviorka[16],
« la transmission de la judéité, selon la loi juive, relève d’un
principe biologique ». Ce
caractère est de plus indélébile : même en cas d’apostasie du judaïsme ou de
mariage mixte (qui équivaut à une apostasie), tout sujet reste juif selon le
Talmud et l’histoire rabbinique. Le critère d'appartenance est binaire : on est
juif ou l'on ne l'est pas. (À noter que pour l'Église aussi, tout au moins en
Espagne du XVe au XVIIIe siècle, un juif baptisé reste un
juif, c'est-à-dire un « fils de Satan » ;
ce principe sera également suivi par les nazis).
Certes, la Loi
fondamentale de l'État d'Israël, conformément à la loi juive, prévoit des
apports étrangers par conversion (« est
considérée comme juive une personne née d'une mère juive ou convertie ») mais les conditions exigées
concrètement par les rabbins sont
telles - notamment celle de pratiquer les 613 commandements de la Torah - que,
sauf exception, un goy ne devient pas
juif, conformément d'ailleurs à la thèse majoritaire selon laquelle « la volonté ne saurait suffire pour faire
partie du peuple élu ». À noter que le terme de goy - dont le féminin goya est associé à l’impur, au souillé
- fut appliqué initialement aux chrétiens, ensuite à tous les étrangers. Le
judaïsme, en effet, non seulement ne fait aucun prosélytisme mais pratique une
dissuasion maximale près de tout candidat éventuel à la conversion[17]
: ce rejet systématique est, bien entendu, l'élément premier du communautarisme
allant volontiers à la ghettoïsation, cette donnée fondamentale du judaïsme.
Certes, il a pu exister ici ou là un certain prosélytisme juif au cours de
l’histoire mais le phénomène est resté très marginal. Traduisant une négation
des données essentielles du judaïsme, il fut toujours combattu vigoureusement
par les autorités religieuses. De toutes façons, après les exceptionnelles
conversions légitimées par les rabbins, la loi du sang en vigueur s’applique
dès la première génération pour les descendants du converti.
Il convient d'ajouter que ce marquage identitaire par le sang institué par la loi de transmission héréditaire de la qualité de juif se trouve complété et aggravé par un marquage dans la chair : la circoncision. Dans le judaïsme, en effet, la circoncision n’est pas seulement une pratique archaïque - malgré les tentatives de lui donner une justification médicale au siècle dernier - elle revêt une signification précise : c’est le signe de l’Alliance éternelle d’un individu avec Yahvé le dieu de la mythologie hébraïque. Même sur un enfant mort avant l’ablation du prépuce le mohel effectue son travail rituel.
Le judaïsme va ainsi comporter, par rapport aux autres traditions religieuses, une dimension qui lui est pratiquement spécifique : la dimension raciale. Désormais cet enfant qui vient de naître comme juif ne sera plus - quelles que soient ses futures options spirituelles - tout à fait libre : à moins d’acquérir une indépendance d’esprit non commune, les séquelles de son sexe mutilé lui rappelleront chaque jour de sa vie qu’il fait partie d’une « race » à part, qu’il n’est pas comme les autres (à moins qu’il se voie « normal » parmi les « anormaux », « supérieur » parmi les « inférieurs »).
Alors que, comme le dit le philosophe israélien Y. Leibowitz[18], « la notion de "juif" n'était à l'origine ni raciale, ni nationale mais religieuse », une évolution s'est produite : la condition raciale (l'hérédité) est suffisante pour être juif et citoyen d'Israël, la condition religieuse (la croyance) absolument facultative.[19] Quant à J.C. Attias[20], après avoir constaté que nombre de juifs « n'observent plus le shabat », « s'habillent comme tout le monde », que «les traits discriminants dont l'histoire les avait affublés sont en train de disparaître », il dit de son côté qu '« il ne reste plus que la race » comme élément distinctif entre un Juif et un non-Juif, cette race qui se transmet par la femme malgré son statut inférieur à celui des hommes, ceux-ci se réservant la transmission du savoir et des valeurs du judaïsme.
Certes, ce
même auteur constate que le judaïsme réformé aux États-Unis, comme le
judaïsme libéral de France, accepte
l’identité juive des enfants nés d’un père juif et d’une mère non juive mais,
de toute façons poursuit-il, « la généalogie n’en demeure pas moins
quelque chose de fort dans la tradition juive, qui insiste sur la valeur du
lignage »[21]. On
n’est pas juif par la géographie ou la croyance comme on peut être chrétien ou
musulman mais essentiellement par le sang. « On ne devient pas juif, on
naît juif ».
L’identité juive par filiation s’est donc imposée sur l’identité par adhésion. Une frontière a été établie qui la volonté ne saurait franchir. On peut ajouter que cette notion de « race juive», de « sang juif », omniprésente dans les écrits du judaïsme depuis deux millénaires, transcende les multiples races « naturelles » que comportent les populations juives. Fait unique dans l’Histoire de l’humanité, alors qu’il n’y a pas plus de « race juive » objective que de « race française » objective, avec le judaïsme, la notion subjective de « race juive » s’impose comme le dénominateur commun de l’être juif.
3 - Les textes de la Bible exaltant la
« race » juive
Alors que nombre d'écrits du judaïsme comportent une dimension universaliste hautement respectueuse de l'étranger : « N'humilie pas l'étranger, ni l'opprimé, car vous avez été étrangers en Égypte ! N'humilie jamais la veuve ni l'orphelin » (Ex. XXII, 20) ; « N'aie aucune pensée de haine pour ton frère… Tu aimeras ton prochain, il est comme toi »... « Tu aimeras l'étranger qui s'installe chez toi comme toi-même » (Lévitique XIX, 17-18 et 34) ; «Ma maison sera une maison de prière pour tous les peuples » (Isaïe VXI, 7) ; « vous et l’étranger serez égaux devant l’Éternel. Même loi et même droit existeront pour vous et pour l’étranger parmi vous » (Nombres XV, 15-16), alors que le monothéisme intransigeant du judaïsme a pu contribuer dans un certain courant de pensée à promouvoir l’égalité entre les hommes tous créés à l'image de Dieu, à réduire la barbarie de l’Antiquité et à susciter la générosité qui a pu guider les pionniers du socialisme, les sionistes "de la seconde heure" ont occulté délibérément ces données pour ne retenir que celles qui exaltent l'ethnocentrisme et où le non-Juif, qu'il soit étranger ou résidant en Israël, est toujours un gentil, un goy[22]. C’est dans ce sens que nous pourrons dire que le sionisme est un intégrisme ou un fondamentalisme juif.
Découlant directement du mythe de l’Alliance et de la loi raciale instituant le peuple juif comme un peuple différent des autres et séparant les hommes en Juifs et non-Juifs, bien de ces écrits antiques confortent les sionistes dans leur entreprise de retour en terre de Palestine et d'accaparement de cette terre au bénéfice des seuls Juifs....
« C’est un souvenir pour les enfants d’Israël, afin qu’aucun étranger à la race d’Aaron ne s’approche pour offrir du parfum devant l’Éternel » (Nombres XVI, 40)
« Toi, Éternel, Tu les garderas, Tu les préserveras de cette race à jamais » (Ps 12, 8)
« Tu n'auras pas d'autres dieux face à moi » dit Yahvé aux Hébreux (Ex XX, 3). Et à ce dieu exclusif s'adresseront les supplications et prières de son peuple : « Dieu ! si tu voulais massacrer l'infidèle ! Hommes sanguinaires, éloignez-vous de moi... Seigneur, comment ne pas haïr ceux qui te combattent ? Je les hais d'une haine parfaite, ils sont devenus mes propres ennemis (Ps. 139, 19-22). « Par ta fidélité tu extermineras mes ennemis et tu feras périr tous mes adversaires, car je suis ton serviteur » (Ps. 143, 12).
Ainsi parle le Seigneur Dieu : « Aucun étranger, incirconcis de cœur et incirconcis de chair, n'entrera dans mon sanctuaire, aucun étranger qui demeure au milieu des fils d'Israël » (Ez. XLIV, 9).
Le Deutéronome précise le sort qu'il convient de réserver aux idolâtres : « Si ton frère, fils de ta mère, ou ton fils ou ta fille ou la femme que tu serres contre ton cœur, ou ton prochain qui est comme toi-même, vient en cachette te faire cette proposition : "Allons servir d'autres dieux" - ces dieux que ni toi ni ton père vous ne connaissez, parmi les dieux des peuples proches ou lointains qui vous entourent d'un bout à l'autre du pays - tu n'accepteras pas, tu ne l'écouteras pas, tu ne t'attendriras pas sur lui, tu n'auras pas pitié, tu ne le défendras pas ; au contraire, tu dois absolument le tuer. Ta main sera la première pour le mettre à mort, et la main de tout le peuple suivra ; tu le lapideras, et il mourra pour avoir cherché à t'entraîner loin du Seigneur ton Dieu. » (Deut. XIII, 7-11)
Yahvé n'est pas tendre pour les opposants à son peuple : « Je vais punir Amalec de ce qu'il a fait à Israël en s'opposant à lui quand il remontait d'Égypte. Va maintenant, tu battras Amalec et vous vouerez à l'anathème tout ce qui est à lui : tu n'auras pas pitié de lui et tu mettras à mort hommes et femmes, enfançons et nourrissons, bœufs et moutons, chameaux et ânes » (Samuel XV, 2-3). « Verse ta colère sur les peuples qui t’ont offensé » lit-on aussi dans le livre de Jérémie (XVIII, 20)
Et puis, n'est-il pas écrit dans la Torah : « qu'Israël vivra en solitaire et ne se confondra pas avec les nations » (Nombres, XXIII, 94) ?
N'est-il pas défendu à un Juif de boire du vin versé par un non-Juif ou d'épouser une non-Juive ?
N'est-il pas dit que le Juif religieux doit, chaque matin, bénir Dieu de l'avoir créé Juif et non autre ?
N'est-il pas écrit, dans la Halakha, qu'un Juif peut transgresser le Shabbat pour sauver la vie d'un autre Juif, mais non de celle d'un non-Juif ?
N'est-il pas prescrit au Juif pratiquant de prononcer chaque matin les paroles de la prière du Shaharit : « Béni soit l'Éternel qui ne m'a pas fait goy, Béni soit l'Éternel qui ne m'a pas fait femme. Béni soit l'Éternel qui ne m'a pas fait esclave » ?
N'étaient-ils pas dans leur droit ces Hébreux emmenés par Josué lorsque, comme le recommande la Torah, ils ont exterminé les populations de Canaan lors de la conquête de la Terre promise : « Vous chasserez devant vous tous les habitants du pays car c'est à vous que je le donne à titre de possession... Si vous ne dépossédez pas à votre profit tous les habitants, ceux que vous aurez épargnés seront comme des épines dans vos yeux et vous harcèleront sur le territoire que vous occuperez ».
Et dans le psaume 137, n’est-il pas dit : « Fille de Babylone…Heureux qui saisira tes nourrissons pour leur broyer la tête sur le roc » ?
Dans la Bible, on lit aussi : « Lorsque le Seigneur ton Dieu t'aura fait entrer dans le pays et qu'il aura chassé devant toi les nations nombreuses, tu les voueras totalement à l'interdit (Deut. VII, 1-2) « et tu les supprimeras » (Deut. VII, 24).
« Qu'Israël se réjouisse en son Créateur, que les enfants de Zion se
réjouissent en leur Roi [...] Qu'ils
chantent pour la joie sur leurs couchettes ! Que les louanges élevées vers
Dieu ne quittent pas leurs gorges et que les sabres à deux pointes ne quittent
pas leurs mains, afin de faire descendre la vengeance dévastatrice sur les
nations et le châtiment sur les peuples » (Ps.149).
Le grand mystique juif Moshe Luzzatto (1706-1746) intégrera parfaitement ces
données : «Dans le monde à venir, affirme-t-il
sans ambages, aucune nation n'a de place
à l'exception d'Israël. N'est-il pas dit d'ailleurs dans le Lévitique (XVI) que : « le plus saint des peuples, est celui
d'Israël » ?
À ce propos,
Schattner[23] rapporte
une donnée tout à fait caractéristique d'une certaine évolution de l'éthique
juive. Alors que dans une version ancienne de la Mishna il est dit : « Qui
a détruit une vie a détruit tout un monde et qui a sauvé une vie a sauvé tout
un monde», les versions imprimées ultérieurement sont devenues : « Qui a détruit une vie au sein d'Israël a
détruit tout un monde et qui a sauvé une vie en Israël a sauvé tout un monde
». Le rabbin Ginburg de la yeshiva du tombeau de Joseph (près de
Naplouse), quand il affirme qu’ «
une vie juive vaut beaucoup plus qu’une vie non juive », vient confirmer
cette sentence dont les sionistes, et notamment les religieux, vont se servir
pour justifier nombre de leurs actions répréhensibles.
Si nous parlons du sionisme nous ne méconnaissons pas le fait qu’il s'exprime sous des nuances très diverses. On a pu distinguer notamment le sionisme politique, le sionisme religieux, le sionisme socialiste, le sionisme pragmatique… et puis, bien entendu, le sionisme des Juifs israéliens et celui des Juifs des autres pays. Leurs diverses composantes (socialiste, religieuse et plus particulièrement messianique, libérale, nationaliste, fasciste...) peuvent diverger sur les moyens à mettre en œuvre mais elles sont toutes tributaires du mythe de l'Alliance et de la loi fondant la judéité. Leur objectif commun est à la fois simple et précis : la conquête de la Palestine historique considérée comme terre éternelle du peuple juif.
Le « sol », le « sang » et l'élément scripturaire tels sont les trois piliers fondamentaux du sionisme. Puisés dans l'héritage spirituel du judaïsme – héritage qui se veut exclusif et selon lequel le peuple d'Israël a une vocation universelle et spécifique : celle de la rédemption du genre humain en lui apportant la Vérité et la Justice - un certain nombre de concepts et de comportements particulièrement banals leur sont attachés. Des concepts : ceux de « race juive », de « sang juif », de « pureté du sang » par le non-mélange, de « pureté de lignage » par le non-métissage, d’altérité absolue… ; des comportements : le communautarisme, la séparation d’avec les non-Juifs, la domination sur cette catégorie de personnes dans l’espace territorial de la Terre Promise. Mais ce sont aussi de riches ingrédients politiques. Dans un ethnocentrisme exacerbé, ils vont guider toute l'entreprise sioniste.
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3 - LA COLONISATION DE LA PALESTINE
avant la création de l’État d’Israël
Au congrès de
Bâle, premier congrès juif mondial, réuni en 1897 par Theodor Herzl, le
mouvement sioniste (qui tire son nom de Sion, colline de Jérusalem) se donne
pour objectif de favoriser l'immigration juive en Palestine et d'entreprendre
la colonisation du pays. La conquête de la Palestine occupée alors par les
Turcs y est planifiée : l’Organisation sioniste mondiale, dotée d’une
banque et d’une Presse spécialisée est créée, tandis qu'une charte de
colonisation (charte qui devait rester secrète pendant très longtemps) est
élaborée. Dans sa motion finale, le Congrès revendique « pour le peuple juif, un foyer reconnu publiquement et garanti
juridiquement ».
Pour faire aboutir la mission qu'il s'est fixée avec ses amis, Herzl mise sur le Royaume-Uni alors au sommet de sa puissance.
À noter que le noyau dur des fondateurs est composé de quelques milliers de personnes jeunes, hommes et femmes, convaincus d'être investis d'une mission sacrée : la conquête progressive de la Palestine. Ils adoptent une tactique qui doit être intangible et qui effectivement le restera malgré les difficultés rencontrées : « ne jamais abandonner ni position, ni territoire sauf sous la contrainte d'une force supérieure ». Nantis d'un niveau éducatif et culturel élevé, et y ajoutant habileté, persévérance, travail, solidarité intracommunautaire ainsi que l'argent des communautés juives du monde entier, les pionniers ne se sont jamais départis pendant cinquante ans de cette ligne de conduite qui aura été d'une efficacité remarquable malgré l'opposition farouche rencontrée dans le milieu juif (opposition qui sera examinée plus loin).
La colonisation sioniste revêt un caractère très particulier et inédit. Même si elle a pu s'inspirer - tout au moins à une certaine époque - du colonialisme occidental, elle diffère notablement des colonisations banales de la France, du Royaume-Uni, de l'Espagne, des Pays-Bas..., colonisations pratiquées dans la perspective de s’emparer des richesses - hommes et biens - d'un nouveau territoire, avec l'intention affichée d'app